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Moqueur, roi des ombres

 
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Eona
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MessagePosté le: Sam 16 Fév - 14:07 (2013)    Sujet du message: Moqueur, roi des ombres Répondre en citant

Je n'ai pas pour habitude d'écrire beaucoup de nouvelles préférant les scénarios qui ne verront jamais le jour et les poèmes bref et tragiques. M'enfin en voici une quand même!


ACTE I
  


Moqueur souriait, fier de lui. Tant de gens rassemblés sous son toit. Mais ce n'était pas de simples êtres humains, non. Dans cette salle se trouvait agglutinée la plus fine fleur du pays. Tout la haute noblesse se trouvait rassemblée. Cela lui avait prit plusieurs mois. Assassiner un Duc, lui voler sa place, organiser cette réception... Tout cela n'avait été que le prologue. Inviter ces serpents, appâtés par ses pots de vin et la perspective d'exposer leur débauche en public, un jeu d'enfant. Son œuvre pouvait commencer. Alors que les musiciens entamaient une valse, Moqueur sortit du domaine. Puis son rire dément résonna longtemps lorsque sa propriété prit feu. Le rideau tombait dans un concert de hurlements et une gerbe de flammes. Il se mit à applaudir en bon spectateur. Et se prépara au second acte.


La jeune femme repoussa une mèche de cheveux roux lui tombant dans les yeux. Et croisa résolument les bras.
''-Tu ne veux pas me répondre ?''
Son interlocuteur, noyé dans la pénombre, pencha la tête de côté avec un sourire amusé.
''-Reprenons. Tu débarques de nulle part, tu refuses de te montrer à qui que ce soit à part moi, et encore tu oses ne pas me parler ? Bon sang, réponds !''
Elle s'avança les poings levés. Avant de se rendre compte qu'il lui était impossible de frapper une ombre. L'être en question ricana. Bien que cette situation n'ait pas été inscrite dans le scénario, elle était quand même réjouissante. ''L'improvisation'' qu'ils appelaient ça. Or Moqueur préférait nettement maîtriser chaque dialogue. On l'avait un jour qualifié de ''pire metteur en scène qui soit''. Il avait adoré. Puis tué l'imprudent. Son génie était tellement élevé que même ses confrères ne pouvaient le comprendre. Et surtout pas cette ignoble gamine qui osait le nier à ce point. Elle pouvait continuer ses jérémiades tant qu'elle voulait. Moqueur maudit le destin qui avait osé le placer dans cette époque tout simplement grotesque. Un monde où ces vermisseaux arrogants ne pouvaient admettre l'existence d'êtres supérieurs, quelle horreur. Cette fille le répugnait. Enfin bon, il commençait à s'ennuyer alors autant entrer en scène. S’immiscant dans l'esprit de sa nouvelle et misérable hôte, il commença à faire défiler ses vies d'antan. Troubadour et diseur de bonne aventure qui charmait les rois grâce à ses mélodies suaves et empoisonnées. Vrai et unique Mascarille, valet fou de la comedia Dell'Arte, inventé et joué avec brio par ses soins. Jeune femme vivant recluse dont le seul lien avec le monde était sa signature "Shakespeare", qu'un homme qu'elle avait engagé s’appropriait souvent alors qu'il n'était qu'un piètre acteur et non le fantastique dramaturge que tous acclamaient. Pourtant, ces idiots ne comprenaient pas que derrière tout le spectacle se cachait une internée et Moqueur ne les avait jamais détrompé. Il aimait le contact des ombres dans lesquelles tout n'est qu'illusion. Mais sa carrière théâtrale prit fin lorsqu'il devint un Lord au temps de la Révolution Industrielle. C'est au moment où il quitta les arts qu'il décida que le spectacle serait désormais toujours présent et qu'il ferait de chaque réincarnation une farce tragique. Cette résolution prise, il vola le corps d'un Américain et parvint à le pervertir suffisamment pour que celui-ci abatte Abraham Lincoln. Ce fut l'un de ses scénarios les plus brillants : terminer sa pièce à l'intérieur d'un théâtre dans lequel une autre se jouait. Et pourtant ce n'était que la sienne qu'on regardait, preuve incontestable de sa supériorité. Il avait ensuite découvert les musiques du XXème siècle dans le corps d'un contrebassiste, Charlie Mingus. Et maintenant il était piégé dans ce siècle et ce cancrelat misérable.

La fille s'effondra sur le sol, ses jointures serrant si fort son crâne qu'elles en devenaient blanches. Les notes de musique volaient dans son esprit. Difficilement, elle ouvrit les yeux. Elle se trouvait dans une salle de bal en train de se consumer mais les invités dansaient un menuet sur un air de jazz. Lorsqu'ils se tournèrent vers elle, elle découvrit des masques creux et ensanglantés, leurs orbites vides pleurant des larmes de mort pendant que leurs bouches déformées hurlaient d'un rire malsain. C'était un cauchemar. Et pourtant elle voulait danser avec eux. Non... impossible. Elle parvint à s'arracher à la vision. Une voix ricanante sortit des ombres :
''-Enfin tu réagis ! Eh bien, pourquoi n'es tu pas venue danser ? Nous aurions valsé ensembles pour l'éternité.''
L'ombre poussa un rire dément et disparu, laissant la jeune femme désemparée et fragilisée. La roue du destin était en marche et rien ne pouvait plus l'arrêter.




ACTE II
  


Il était revenu chaque nuit. Sans jamais prononcer un seul mot. Il s'était contenté de l'inviter à danser avec lui. Avec eux. Pourquoi ''eux'' ? Elle ne savait pas. Les ombres la rendaient folle. Mais elles n'existaient que dans son imagination. Elle devait cesser d'écouter ses sens et appliquer la méthode cartésienne. Mais elle savait bien qu'Il était trop puissant. ''Il'' ? Peut être le roi des Ombres. Mais non, les ombres n'étaient rien de plus qu'un tour joué par la lumière. Elles n'étaient pas conscientes, c'était impossible.

Moqueur s'impatientait. Jamais il n'avait connu hôte plus obstiné. Pourtant elle possédait une faille dans laquelle il avait pu s'engouffrer, comme à chaque fois. Or elle le repoussait. Ne comprenait donc t-elle pas que même s'il lui avait offert un rôle principal elle devait néanmoins obéir à son metteur en scène ? Mais cela l'arrangeait. Pendant ces quelques temps, il avait eu le temps de s'habituer à ce monde. Et celui-ci l'avait profondément dégoûté. Une société dénuée de fibre artistique. Répugnant. Moqueur rêvait de tout brûler comme il y a plusieurs siècles. Un chef d’œuvre. Après avoir détruit toutes les têtes pensantes du pays, il avait perdu la sienne. Magnifiquement orchestré. Mais ce siècle était problématique. A moins de s'engager dans le terrorisme il devrait se contenter d'une petite pièce intimiste. Après tout, cela le changerait un peu des spectacles grandiloquents. Et détruire dix humains était plus intense qu'en effleurer une centaine. Il aimait voir les visages des acteurs marqués par une souffrance infinie qui durerait jusqu'à leur mort. Sa marque serait à jamais apposée au fer rouge dans leur être Le sceau de la Folie. Cette idée l'amusa beaucoup.

La jeune fille se regarda dans le miroir. De profondes cernes se dessinaient sous ses yeux. Depuis plus d'une semaine les ombres ne la lâchaient plus. Elles lui murmuraient des promesses de vie éternelle, de mort, de plénitude. Parfois elles invitaient des notes de musique pour l'entraîner. Chaque nuit elle combattait pour ne pas les suivre. Pourquoi ? Elle n'en savait rien. Ce monde était si triste et si vide. Rien ne la retenait. Peut être à cause de la seule chose qui la liait à la réalité, Lui. Mais était-ce suffisant face à une société qui ne souhaitait que la voir disparaître ? Elle n'avait qu'à tendre les bras pour danser jusqu'à la fin de tout. Oublier, rejoindre ce cher Néant qu'elle avait toujours désiré. Ne faire rien d'autre que se laisser porter par les ombres et ne plus penser. Ce n'était que pur masochisme.

Moqueur adorait cette fragilité. C'était cela qui, associé au courage, donnait les plus beaux résultats. Lorsque la volonté se retrouvait face à la Mort et qu'alors la souffrance qui avait mûrit dans le cœur pendant tout ce temps surgissait, détruisant toute raison. C'était le paroxysme de la douleur, le déchirement de l'âme et le dénouement de la tragédie. Le fou détestait Flaubert et ses héros pitoyables. Cela ne donnait aucun relief au spectacle. En revanche, Cocteau l'avait ému dans la Machine infernale. Il n'avait rien inventé puisque Moqueur le pratiquait depuis plusieurs millénaires mais c'était quand même agréable de trouver des disciples.
Mais il s'égarait. Il ne servait à rien de disserter sur le passé. Une nouvelle pièce était en cours et il devait y consacrer toute son attention. Petit à petit, il sentait les verrous tomber. Elle était l'hôte parfaite. Torturée et seule, elle sombrerait vite. Un seul élément venait troubler ce tableau : sa ''Lumière''. Un être sans vraiment de saveur d'ailleurs : optimiste et croyant en l'avenir. En ces instants, Moqueur était prit d'un respect quasi-extatique envers le destin qui lui avait toujours offert des opportunités pareilles. Deux être que tout opposait réunis par l'Amour... peut être avait-il enfin trouvé ses Roméo et Juliette parfaits. Bien qu'au final sa pièce ait toujours été celle qui l'avait déçu le plus. Les hommes n'avaient vu que le romantisme de l’œuvre alors qu'en fait c'était un éloge à la Mort. Du coup il s'était rabattu sur Othello. Et il avait enfin pu y exprimer toute sa Folie. La mort de Desdemona était sublime. Peu l'avaient compris. Ils préféraient le sacrifice d'Hamlet. Mais se souvenaient-ils d'Ophélie ? Dans chacune de ses pièces il avait joué son rôle d'ambassadeur de la Démence. Mais les hommes étaient si obtus. Et son génie incompris.

Il soupira. Peut être était-ce le moment de lever le rideau, d'entrer en scène. Pour l'instant il se contentait de se fondre dans les ombres, ses douces compagnes, mais la lumière devait se faire. Moqueur n'avait pas le trac qui précédait tous les acteurs au moment d'entrer en scène. Il était brillant. Le meilleur. Et il était le marionnettiste, le cerveau génial derrière toute cette histoire. Oui, le moment était venu. Le fou attendit la nuit et passa à l'action, soulevant le lourd rideau de velours rouge.



Prélude à l' Acte III
  



Il vient un moment où le Temps lui-même doit s'arrêter pour laisser l'instant perdurer. Moqueur possédait ce pouvoir. Non pas influencer le Temps mais la manière dont les hommes le perçoivent; Le comédien était un Illusioniste, être à la nature imperceptible jouant sur les sens afin de modifier la réalité ou de créer des hallucinations. Ainsi, lorsqu'il lui apparut, elle eut l'impression que ce moment durait une éternité alors que celui ci n'était qu'instant. Mais tout semblait si figé...

Il avait surgit des ombres. Il ? L'être. Ce n'était ni un homme, ni une femme. Il portait un loup violet richement décoré d'enluminures dorées. Un chapeau de feutre élégant finissait de recouvrir son visage. Il était vêtu d'un costume agrémenté de dentelles, d'un bandeau de tissu, enserrant sa taille et de gants blancs.Un gentilhomme parfait en somme. Mais son sourire fou et cynique prouvait le contraire. Il ressemblait à Lui en un sens. Cette idée était tellement dérangeante qu'elle la balaya aussitôt.
L'inconnu, entouré d'ombres et de roses, les épines n'ayant l'air de ne lui faire aucun mal, il s'inclina en éclatant d'un rire dément:
"Laisse-moi me présenter. Je suis Moqueur. Tantôt jeune musicien fréquentant la Cour, plus tard comédien troublant puis dramaturge géniale ou encore éminent membre de la chambre des Lords, je suis l’Illusionniste, l'Ambassadeur de la Folie, chargé d'apporter le Dol et l'Art Suprême, la Tragédie, sur cette misérable terre. On m'a qualifié plusieurs fois de "malade", "pire metteur en scène qui soit" mais sache qu'il n'en est rien. Je suis l'être le plus Parfait que tu ne rencontreras jamais tout au long de ta misérable existence. Qui, si enfin tu osais donner l'accord qui te ronge le cœur depuis tant d'années, prendrait fin à cet instant. Tu as eu une vision de mon monde. Pourquoi donc ne me rejoins tu pas? Ensembles nous valserons pour l'éternité. La Musique qui t'es si chère ne s'arrêtera plus jamais. la Mort n'aura aucune emprise sur nous. Ni les hommes, ces répugnants insectes qui t'ont tant fait souffrir. Alors pourquoi hésiter? Il n'est qu'un homme parmi les autres et tu le sais. Je peux stopper tes flots de larmes. Il me suffit d'un mot. Un pouvoir que vous avez oublié il y a bien longtemps. Mais je t'apprendrais à le reconquérir. Je t'apprendrais tant d'autres choses qui dépassent ton imagination..."

Tout en disant cela, Moqueur dansait sur lui même, tournoyait en entraînant les ombres dans une gigue folle, tout en continuant de rire démentiellement. Au bord du vide, tout pouvait la faire sombrer. Et la chute était proche.

_________________
Pour toutes vos questions sur les minéraux et la lithothérapie :
https://www.facebook.com/pages/Les-minéraux-dEona/595438970500287

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MessagePosté le: Sam 16 Fév - 14:07 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Kaël
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Messages: 146
Masculin Capricorne (22déc-19jan) 龍 Dragon
Type de magies pratiquées: Toutes

MessagePosté le: Dim 17 Fév - 15:45 (2013)    Sujet du message: Moqueur, roi des ombres Répondre en citant

Qu'une chose à dire....J'aime beaucoup cet étrange personnage au rire démentiel =) Ton écris donne envie de connaitre une suite même
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:19 (2016)    Sujet du message: Moqueur, roi des ombres

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